Volent, volent, les hirondelles

Volent, volent, les hirondelles
Volent, volent, les hirondelles
L
'image que l'on donne
N
'est pas toujours la bonne
V
olent, volent, les hirondelles
M
ême les plus beaux plumages
P
euvent être une cage
Volent, volent, les hirondelles
Quand elles sont épuies
E
lles piquent du nez

Paroles : les Cowboys Fringants - Les hirOndelles
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# Posté le dimanche 05 avril 2009 16:54

Cruelle réalité

Septième prélude

Il a froid. Il avance. Il tient ses bras fermement contre lui. Le vent lui ébouriffe les cheveux et il s'en fou. Ses cheveux, voilà des années qu'il ne les a plus soignés, plus lavés, plus brossés. Des années qu'il traine son corps sale, noir, décharné, affamé, fatigué, malade ... La nuit va tombée, le vent va s'estomper mais comme si le ciel n'en avait pas eu assez de le torturer comme ça c'est le froid qui va prendre sa place. Un froid transperçant qui vous met les os à nu, qui fige jusqu'à votre esprit. Et il passera la nuit dans cette état transcendant. Couché sur un des bancs du square. Il va s'endormir le plus tôt possible pour ne pas sentir le froid s'emparer de lui, pour ne pas sentir le regard pesant des derniers passants dédaigneux, incompréhensif, presque persouader qu'il mérite sa situation, et il finira par y croire à force d'assumer se regard monstrueux.

Il ramasse un journal, il volait à hauteur de son visage. Une couverture supplémentaire rien de plus, voilà longtemps que l'actualité n'est plus pour lui qu'un moyen de se rechauffer - si cela est possible - depuis qu'il ne fait plus partie du système, depuis qu'il est un oublié de la planète terre.

Il s'assois, tousse, renifle une bonne fois, puis se couche il prend le journal et le pose sur ses hanches. Bien qu'il ne cherche pas à regarder l'image sur la couverture lui passe tout de même devant les yeux.

Il est debout dans sa célulle le monstre de Marcinel, il est débout devant sa gazinière, il cuisine, comme tout homme libre, il a un lit, une télé, un frigo bien remplit, de la chaleur autour de lui et des regards plus humain. Lui il est traité comme un être humain.

Les gros titres parlent "Dutroux dans sa cellule"; "le gardien photographe renvoyé" ... l'actualité ne l'interesse pas, il sait à peine qui est cette homme sur la photo. Mais tout ce qu'il voit c'est son chez lui. Il a si chaud qu'il est en short sur la photo, il mange plus qu'à sa faim, quand il veut, il dort dans un bon lit, il prend une douche tous les matins, porte des vêtements propres ...

Il se sent mal, il se sent sale, il se sent monstre. Serait-il moins que cet homme ? La société semble avoir fait son choix.

En face de lui, il y a un autre homme-monstre qui dort sous les memes jounaux. Il ne sent plus le froid mais se reveillera t-il seulement ? Et même si il ne se reveille pas, qui le saura ? qui le pleurera ? Qui se souviendra même qu'il a existé un jour ? Il sera jeté dans une fosse commune, sans messe, sans personne pour ses funérailles. Jeté comme un chien errant retrouvé écrasé au matin. Non vraiment ils ne sont rien dans ce monde.

Il se lève, s'avance vers l'homme-monstre-fantôme. Il ne sait pas trop se qu'il va faire, mais il a si froid ... Un pas de plus, il se tient au dessus de lui. Il ne reflechit plus, il survit voilà tout. Ses mains se pose sur le coup de l'autre. Et il sert de plus en plus. L'autre ne semble même pas opposer de resistance, est-il seulement encore en vie ? Après quelques secondes il s'arrête. L'autre ne respire plus, il est inerte, couché, blanc cadavérique.

Il s'en va. Prend la première rue à gauche, puis à droite. Il entre dans le bureau de police, s'éffondre sur un banc, on s'avance sur lui, lui demande si tout va bien - comme-ci son etat interessait encore le monde actif. Il entre ouvre la bouche et gémis :

"J'ai tué un homme, ça y est ? je peux aller en prison à présent ?"

Et il sourit. Il n'a plus froid, il n'aura plus jamais froid.


[ photo de presse interdite de reproduction ... la société aurait-elle honte ?]
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# Posté le mercredi 15 octobre 2008 12:58

Cruelle réalité .... trop réalité

Cruelle réalité .... trop réalité
Sixième prélude

Elle est partie la petite maison de brique blanche, envolée. Ses petits volets bleus se sont refermés définitivement, ils ont claqués de leur bruit de bois, les lumières se sont éteintes, la porte s'est fermée à double tour ... Elle aurait pu croire à un départ en vacances, juste quelques jours avant de retrouver les siens, la vie. Elle a fermé les yeux, s'est endormie tranquillement et ne s'est jamais réveillée.

A la place des bruits de portière qui s'ouvre sur un amas de valise, à la place des cris d'enfant heureux de retrouver leurs jouets ... Elle n'a entendu dans son sommeil que le bruit des bulldozers et des pelleteuses ....
Réduite en tas de cendre, ses cent vingt années des souvenir qu'elle renfermait réduit en poussière.

Ils ne reviendront jamais de leur longues, très longues, vacances. Ils sont partis sans un regard, sans même regarder une dernière fois leur petite maison de brique blanche aux volets bleus ...

Ils n'auraient pas su car il n'y a pas de ils ... Il n'y en a plus depuis longtemps. Petite maison était bien trop délabrée, bien trop petite, bien trop d'avant. Il y a longtemps que les volets se sont refermés, les lumières éteintes et la porte fermée à double tour. Il y a longtemps qu'elle dors sans oser se réveiller peur d'affronter la cruelle réalité de ces vacances sans fin.

Aujourd'hui s'en est fini, ses volets serviront de bois de chauffage, son toit sera enfuis sous terre, ses briques recyclée - elle l'espère. Il n'y avait plus rien pour elle en ce monde. Les nouvelles constructions bien plus pimpantes, bien plus équipées, bien plus grande ont tôt fait de la dévorée toute crue.

Personne n'a voulu d'elle, sauf moi et aujourd'hui il est trop tard ... quand je suis rentrée de mes vacances, les siennes venaient enfin de s'achever ...
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# Posté le samedi 20 septembre 2008 03:45

Cruelle réalité 2

Cruelle réalité 2
Cinquième Prélude


Deux jours par an je trompe mon mari. C'est ainsi, depuis dix ans c'est ainsi.
Deux jours pas an je dois assister à un coloc, un stupide coloc histoire de se mettre au courant des évolutions mondiales en matière de marketing, histoire de rentrer à la boîte et de moufter au grand patron, histoire qu'il sache comment s'engraisser la patte un peu plus.
Deux jours par an voyage tout frais payés, notes de frais, restaurants, hôtel ... le même que pour ce type qui fait le même boulot que moi, dans une autre succursale, à des centaines de kilomètre de la mienne.
Chacun à un bout du couloir ... Chacun en rêve dans le lit de l'autre ...

Chaque fois c'est pareil, les premiers regard sont douloureux, on voudrait ne pas s'être vu, s'être oublié, ne pas déjà savoir que les derniers feront souffrir d'avantage, et puis, ceux qui ne sont ni premiers ni derniers sont si doux qu'on voudrait qu'ils ne s'arrêtent jamais ...
On se parle, fait semblant de n'être que collègue ... mais chacun attend plus de l'autre ... et l'autre ne fait rien.
En dehors de ces deux jours à l'année, j'ai un mari, un fils, un homme de ma vie, un père de mes enfants que je ne trompe pas, que je ne quitterais jamais ... Lui il a sa solitude, son célibat, sa fierté d'homme.
On se regarde et on comprend, dans cette tendresse qui transparait au travers de la pupille, on comprend que notre vie pourrait être différente, qu'on pourrait essayer, qu'on pourrait s'aimer ... au grand jour, juste ces deux jours.
Mais lui refuse de partager, deux jours ou toute la vie, quelle différence ? Si le premier pas est fait, le reste doit suivre, pas question d'en faire un pour reculer de deux ! La vie est un marathon, pas un pas de danse !
Moi je ne veux pas d'une vie nouvelle, d'une aventure épique, juste de deux jours de tendresse, de câlins, de baisers et puis retrouver sa vie, sa bonne vieille vie d'avant, qui ne me déplait pas tant que ça dans le fond ... Juste deux jours pour changer la routine, pour retrouver l'exaltation du premier amour, des premières découvertes. Le c½ur qui se fige, la respiration qui s'accélère, les mains qui transpirent, la voix qui tremblent, les lèvres qui s'avancent, la poitrine qui se galbent ...

Juste deux jours d'une autre vie, je pourrais être sa femme, après tout qui pourrait savoir la vérité ? A des milliers de kilomètres de nos points d attachent respectifs ... On ferait l'amour dans le noir et puis on s'endormirait sans même se regarder. On irait au restaurant pour fêter ce qui pourrait être notre anniversaire de mariage et puis on rentrerait le long du port, je lui tiendrais le bras, il sourirait, on parlerait de notre jeunesse, de notre rencontre, on ferait des projets d'avenir, on parlerait de nos futurs vacances, de ma mère, de son boulot ... On serait un couple, on serait heureux et on aurait soif de l'autre.
Juste deux jours pour s'inventer une histoire qui n'est pas la nôtre, juste deux jours ...

Et comme toujours le séjour se termine comme il a commencé. Et on l'a passé avec notre vie, en duo, avec elle dans un coin qui nous regarde fixement et nous rappel qu'on ne peut pas lui échapper. Avec elle qui nous colle à l'ombre pour sans cesse nous dire que tous nos projets sont vains, qu'elle refuse, s'oppose à cette idée stupide, elle ne se fera pas doubler ni remplacer même pour deux jours, elle est là encrée à votre chair, vous l'avez choisie maintenant il faut l'assumer ... comme un animal trop vite choisis, juste parce qu'il semblait mignon ... et on ne s'imaginait même pas qu'il pouvait grandir, cacher des défauts sous son pelage trop doux, nous lasser avec le temps ... Derrière la vitrine de nos rêves d'enfants, l'animal-vie semblait trop beau que pour pouvoir renfermer du malheur et de la lassitude.
Trop tard il est adopté, maintenant il faut s'en occuper jusqu'à la mort, la vôtre en l'occurrence et même après vous le léguerait à vos enfants , la vie est un animal qui se lègue jusqu'à la nuit des temps. Et plus on avance, plus il est difficile de vivre avec son animal et celui de ses ancêtres en prime.
On sait tout juste s'assumer, se porter jusqu'au sommet de la colline, on voudrait un peu d'aide, juste un bâton, et ses milliers, ses millions d'animaux vous entraînent vers le bas, vers où sont tombés leurs maîtres ...
Et vous finirez par sombrer avec eux, parce qu'ils sont trop nombreux que pour pouvoir les assumer à vous seul. On croit que le mariage c'est s'aider mutuellement à grimper tout en haut, en réalité c'est juste tomber ensemble pour se sentir moins con ...

Les deux prochains jours sont pour bientôt. Je partirais le rejoindre, j'attendrais patiemment de croiser son regard, d'échanger quelques mots, je brûlerais encore du rêve d'une vie nouvelle.
Et les deux jours passeront et nous repartirons, sans que rien n'ai changé. Et l'animal capricieux aura gagné la bataille, il nous aura tellement épuisé qu'il savourera la boîte de sucre entière entre ses pattes.
Il hurlera pour signaler aux autres sa victoires, et nous hurlerons avec lui, pour signaler aux autres qu'une fois de plus nous sommes vaincus ... et que dans le fond c'est tant mieux.

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# Posté le mardi 09 septembre 2008 15:52

Modifié le samedi 20 septembre 2008 03:28

Cruelle réalité

Cruelle réalité
Quatrième prélude

Aujourd'hui il est parti. Pour de bon. Vraiment. Il n'a jamais était là d'esprit mais cette fois le corps s'en est allé le rejoindre. Je savais que ça arriverais un jour, mais quand je l'ignorais.
Il me l'avait annoncé le jour de nos noces. Quelques heures après la cérémonie. Dans les toilettes. Pour que je sache. ... Nous avions 200 invités à notre table.
Par la suite rien ne fût comme escompté. Le secret était trop lourd, trop important, trop pesant. Il engageait la majeur partie de notre vie. Lui se tuait au travail, partait tôt, rentrait tard. Partait en voyage d'affaire durant des semaines, fêtait nouvel an avec ses amis, noël avec ses enfants ... Et moi je restais seule. Je me suis réfugiée dans la littérature. Tolstoï enivrait mes soirées. Le soir même de la nuit de noce il était sorti et pour la première fois de ma vie j'ouvris "Une tourmente de neige" son premier roman.
Les rares fois où nous nous sommes parlés, c'est quand il m'a expliqué pourquoi. Pourquoi moi.
Lui avait déjà été marié. Vingt ans. Et puis, un beau jour, il a trouvé le courage de la quitter.
Mais ses parents avaient des doutes, son secret devenait trop évident. Alors, comme il y avait vingt ans de cela, il chercha une femme, histoire de couvrir les suppositions. Moi j'étais vieille fille et cherchait désespérément un homme depuis cinquante ans. Avec moi c'était facile, de la vieille école, je refusais toute relation avant le mariage, je refusais même qu'on partage le domicile ...

En quinze année de mariage j'ai écumé toute la littérature de Tolstoï, tous les uns après les autres. Ses romans, ses nouvelles, ses essais, son theâtre ... tout y est passé. Il fallait combler la solitude.
Avant lorsque j'étais seule, je ne l'étais pas vraiment, j'attendais juste l'homme de mes rêves. Aujourd'hui que je pensais l'avoir trouvé et que celui-ci ma épousée puis abandonnée je le suis plus que jamais. Cette fois je me sens seule. Alors je lis pour combler. Mais ce matin j'aurais du me douter. Lorsque j'ai refermé définitivement "le cadavre vivant" son dernier roman, l'ultime. Tout était épuisé. J'en avait fini avec ce bougre de penseur russe.
J'aurais du comprendre que cette dernière page signifiait la fin de ce faux mariage, puisque la première en avait marqué le début. Mais je n'ai vraiment compris que lorsque je suis rentrée et que toutes ses affaires avaient disparue.
Je me suis rappelée ma robe blanche. Le samedi ensoleillé de juin. Les 200 invités. Les fleurs. Les rires. Ma joie. Les toilettes.
Son regard. Ses larmes. Ses mots. " Je l'aime tu comprends, c'est lui que j'aime depuis toujours mais personne ne doit savoir."
Aujourd'hui il est parti, pour de bon, vraiment, le rejoindre, celui qu'il a toujours aimé.
Aujourd'hui il est parti, je me sens moins seule.
Maintenant j'attends l'homme de mes rêves.

# Posté le dimanche 27 juillet 2008 15:37